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Brésil: un coup d’Etat, législatif et mediatique

Le président bolivien Evo Morales a traité la destitution de Dilma Rousseff par 61 sénateurs contre 20 «un coup d'état juridique et législatif». Le président vénézuélien Nicolas Maduro a utilisé un langage autrement plus sévère, parlant d' »impérialisme et d'ingérence des Etats-Unis ». Et, pour faire preuve de leur réaction, tous les trois pays ont rappelé leurs ambassadeurs du Brésil « pour consultations ».

En Russie, les opinions sur les événements au Brésil sont plutyôt mitigées, un peu comme dans les pays occidentaux. Les partisans de l'économie libérale et du «consensus de Washington» mettent l'accent sur les raisons internes de la crise, tandis que les critiques de mondialisation sont plutôt d'accord avec l'ancien président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva. Dans sa lettre à Cristina Fernàndes de Kirchner, ancienne «Madame la Présidente» d'Argentine, l'ancien président du Brésil a mis le public en garde contre la 'déstabilisation'  par l'entremise du changement consécutif des gouvernements.  

Lula da Silva fait valoir que Dilma Rouseff était élue par les 54 millions d'électeurs brésiliens, mais destituée par 61 sénateurs - une proportion qui explique l'indignation des leaders des pays latino-americains, avec l'exception notable du président neo-libéral de l'Argentine, Mauricio Macri.

On pourrait aussi appeler ce qui s'est passé au Brésil un coup mediatique. Malgré le fait que l'ex-présidente Dilma Rousseff n'a pas profité pérsonnellement des irrégularités dans les rapports sur la situation budgétaire du pays. C'était elle, et pas son accusateur principal, l'ancien président de la Chambre basse du Parlement brésilien Eduardo Cunha, que la presse oligarchique brésilienne a montré du doigt comme la figure centrale des pratiques de corruption.  Mais c'était Eduardo Cunha qui avait nié avoir des comptes secrets dans les banques suisses, où l'argent sale en provenance du Brésil était amassé en secret. Et parmi les 61 sénateurs qui ont destitué Dilma Rousseff, 49 sont sous sujets à des poursuites judiciaires pour les affaires de corruption. 

Même le New York Times n'ose traiter du remplacement de Dilma Rousseff, par son ancien vice-président Michel Temer, agé de 75 ans. Mais le holding médiatique Globo, qui dénonçait la présence de la succursale espagnole de Russia Today dans l'espace médiatique d'Argentine, est prêt à saluer même un Michel Temer. Pourquoi pas? Au nom de la langue de bois du politiquement correct, si le coup d'Etat en Ukraine, accompagné par le meurtre des 13 policiers, est désormais désigné comme un « mouvement de contestation de la part des ONG», pourquoi ne pas appeler les évenements au Brésil «une victoire de la démocratie»?