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Ali Macron va-t-il distribuer postes et circonscriptions aux islamistes ?

Tout à sa tournée des popotes pour tenter de conjurer la révolte de la France patriote et travailleuse, Emmanuel Macron, candidat du système socialiste en place ne s'embarrasse pas de discernement quant à ses soutiens. Il a ainsi trouvé des soutiens dans les milieux islamistes, et s'est fait patronner jusque par le gouvernement algérien.

 

Ainsi, le 25 avril 2017, deux jours à peine après le premier tour, Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères de l'Algérie, s'est autorisé une ingérence directe dans les affaires intérieures françaises en affirmant que Macron était un « ami de l'Algérie ». Cet avis discret n'est ni plus ni moins qu'une invitation aux Algériens de France à voter massivement en faveur du nouvel avatar de François Hollande.

 

Toujours au lendemain du premier tour, la grande mosquée de Paris a appelé «à voter massivement pour Monsieur Macron » en faveur d'Emmanuel Macron. Son appel a été doublé par les Musulmans de France (ex-UOIF, proche du mouvement fondamentaliste des Frères Musulmans) qui appelle aussi à battre Marine le Pen par deux communiqués en date des 24 et 26 avril. Pour une organisation qui se dit « apolitique », c'est raté.

 

Les Frères Musulmans ont aussi imposé le retour de Mohammed Saou, ex-référent du mouvement En marche dans le Val d'Oise, un département au nord de Paris qui connaît de nombreux ghettos ethniques, notamment musulmans. C'est Marwan Muhammad, président de l'association opposée à l'islamophobie et proche des Frères Musulmans, qui a envoyé une lettre très claire à Emmanuel Macron le 10 avril 2017 au sujet de Saou, avance le mouvement laïc et nationaliste Résistance Républicaine : «En fonction de votre réponse (ou de son absence), je serai alors en mesure de m'exprimer publiquement sur le sujet, en direction de nos contacts médias, de nos 17 antennes régionales, de nos 14000 adhérents et de nos 350000 abonnés, sur les newsletters et les réseaux sociaux », écrivait notamment le président du CCIF, faisant étalage de son poids électoral communautaire.

 

Mohammed Louizi, Franco-Marocain qui a étudié de près les Frères Musulmans et leurs implications dans la politique française, a rédigé un long article sur leurs imbrications dans la campagne d'En Marche. Le moins qu'on puisse en conclure, c'est qu'Emmanuel Macron est entouré d'islamistes, et qu'ils n'apportent pas le vote de leurs communautés pour ne rien avoir en retour.

 

Notamment, ils espèrent être investis aux législatives, à la place des vieux caciques du Parti Socialiste ou de l'UMP/LR qui ont pris position pour Macron depuis la déroute de Hamon et de Fillon qu'ils ont soutenu du reste comme la corde soutient le pendu. « Des candidats pour les législatives, notoirement islamistes, soutenant Macron ou pas, sont déjà dans les starting-blocks, ici où là. Ils sont jeunes adultes, issus de la frérosphère [la nébuleuse des Frères Musulmans, NDLA] et s'appellent : Yassir Louati, Jimmy Parrat, Jamel Oufqir, Hanan Zahouani, Abdelkrim Marchani, Samy Debah, etc », écrit ainsi Mohammed Louizi.

 

Pis, des islamistes proches d'Erdogan pourraient aussi se retrouver sur les bancs de l'Assemblée : « D'autres candidats issus du parti islamo-turc, le «Parti Egalité et Justice», proche de l'AKP d'Erdogan, pourraient présenter des dizaines de candidats, revendiquant leur communautarisme, comme aux départementales de 2015 ».

 

L'AKP, structure centrale de l'autocratie turque, nie le génocide arménien, participe aux purges post-coup d'Etat en Turquie (50.000 arrestations arbitraires, plusieurs centaines de maires démis de leurs postes, 150.000 fonctionnaires radiés de la fonction publique...), réprime les Kurdes de Turquie dans une guerre civile qui ne dit pas son nom dans l'Est du pays, et occupe indûment une partie du Kurdistan irakien, ainsi que du Nord de la Syrie où la Turquie n'a pas hésité à installer une administration d'occupation et même une police turque dans la zone tenue par les rebelles islamistes d'Ahrar al Sham (entre autres) au nord d'Alep, entre Azaz, Mare, Al-Bab et Jarabulus.

 

L'islamiste fondamentaliste - quoiqu'il se présente comme universitaire, ses prêches ne laissent aucun doute sur le radicalisme de l'islam qu'il professe - Noureddine Aoussat, un Franco-Algérien, a lui aussi appelé à plusieurs reprises ses fidèles à faire barrage à Marine le Pen et à voter pour Macron. Il avait déjà appelé à voter aux primaires de droite contre Fillon, auteur d'un essai intitulé Vaincre le totalitarisme islamique, et à soutenir donc Juppé. Ce genre de soutien douteux avaient valu au maire de Bordeaux son surnom « Ali Juppé » sur Internet. Macron mérite le même.

 

Autre coordinateur d'En Marche qui sent le souffre, Rachid El-Kheng, qui apparaît de multiples fois dans la presse aux côtés de Macron. Coordinateur dans le bassin minier de Oignies, dans le Nord, il n'hésite pas à reprendre la rhétorique des Frères Musulmans sur le « complot sioniste », a soutenir les Frères Musulmans en Egypte et à affirmer sur son Facebook que « le monde arabe est occupé par Israël à l'exception de Gaza ». Il affirme aussi que l'attentat contre Charlie Hebdo n'est pas le fait de terroristes musulmans, malgré l'évidence : « il y a 4 types de mensonges : les petits mensonges, les grands mensonges, le 11 septembre 2001 et le 7 janvier 2015 ».

 

Autre soutien islamiste important qui peut être relevé, « Yanis Khalifa, un pur produit de l'association EMF (Étudiants musulmans de France), le bras des Frères musulmans de l'UOIF à l'université française. Jusqu'à très récemment, il était membre du bureau national d'EMF, chargé des relations publiques et entretenant des liens européens et internationaux avec le Tanzim international des Frères musulmans. En France, il est très actif dans le réseautage influent. De part ses fonctions nationales, il participe à des activités et formations, notamment celles organisées en Turquie par le FEMYSO, la branche européenne des Frères musulmans, s'occupant des jeunes et des étudiants, que préside la «sœur» Intissar Kheriji, la fille du leader islamiste tunisien Rached el-Ghannouchi », selon Mohammed Louizi. Il apparaît dans des événements cofinancés par l'UOIF, les islamistes tunisiens, ou encore le Qatar. Issu des réseaux musulmans de Juppé et Bayrou - il est très proche de Juppé et est membre du bureau politique du Modem en Seine-Maritime, il s'est jeté dans les bras de Macron après la victoire de Fillon aux primaires de la droite.

 

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