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EELV : petite primaire écolo pour un parti en grand déclin

Ils sont alimentés par les règlements de compte constants entre candidats et les sorties récurrentes de Nicolas Sarkozy sur tous les thèmes socialement brûlants. Alors que les thématiques écologiques restent importantes dans l'actualité, EELV se porte en revanche très mal. Divisé, affaibli par les appétits de carrière de ses divers dirigeants, désabusé par une participation au gouvernement socialiste qui s'avère peu visible, voire contre-productive, EELV a de plus des perspectives politiques qui rendent peu optimistes militants et dirigeants.

 

Chacun peut s'inscrire à la primaire EELV, pour 5€ s'il n'est pas adhérent ou coopérateur du parti, gratuitement sinon. Les inscriptions seront closes au 1er octobre. Le vote se fera par correspondance ; les résultats du premier tour seront annoncés le 19 octobre, ceux d'un éventuel second tour le 7 novembre.

 

 

EELV en état de mort clinique ?

 

Selon les derniers sondages, Cécile Duflot - qui dirige actuellement le parti et est la candidate la plus connue de ceux qui se présentent aux primaires, ne fera pas plus de 3% en cas de candidature solo à la présidentielle. Si celle-ci permettrait aux écologistes de se compter, elle risquerait aussi de mettre en péril les situations de leurs élus, dont un nombre important a été élu avec le soutien du PS qui leur a réservé jusqu'en 2014 circonscriptions et places de choix en échange des voix écolos. Alors que François Hollande, dont la réélection est plus que compromise suite à un bilan catastrophique, fait tout pour qu'il y ait une candidature unique à gauche - la sienne - dès le premier tour, il ne pardonnerait pas aux écolos de lui faire perdre quelques pour-cents qui pourraient le faire passer bien loin derrière le candidat de droite, voire le priver de second tour.

 

Par ailleurs, EELV aborde ces primaires en petite forme. Avec moins de 6000 militants (et même à peine 3000 selon l'ancienne secrétaire nationale du parti Emmanuelle Cosse, en juillet 2016), on est loin des grandes heures de 2010, lorsque le parti comptait 16.000 militants. Au fil des années, des scissions, des défections, seuls sont restés les fidèles de Cécile Duflot, ministre du Logement de 2012 à 2014 dans le gouvernement Ayrault, avant de quitter le gouvernement et de mener la fronde contre la personnalité et les objectifs du nouveau premier-ministre Manuel Valls.

 

Le déclin d'EELV a atteint un tel point que le parti est considéré comme « en état de mort clinique » pour la radio http://www.europe1.fr/politique/europe-ecologie-les-verts-en-etat-de-mort-clinique-2736157 Europe 1. En août 2015, Jean-Vincent Placé et François de Rugy quittent EELV, lassés par une dérive à gauche et anti-socialiste, et créent leur propre mouvement, Ecologistes. Stéphane Gatignon, maire de Sevran, en Ile-de-France, et Barbara Pompili leur emboîtent le pas en septembre, puis la secrétaire nationale elle-même, Emmanuelle Cosse, qui abandonne son poste en février 2016 pour entrer au gouvernement comme ministre du Logement, chargée notamment de détricoter la loi Duflot qui a participé à « sinistrer » le bâtiment selon les acteurs économiques du secteur. Malgré des objectifs ambitieux, elle a surtout a causé une baisse de 5% des mises en chantier en 2013 par rapport à 2012, un effondrement de 23% du nombre des permis de construire au troisième trimestre 2013 et plus de 20.000 faillites d'entreprises dans le BTP.

 

Aujourd'hui, il n'y a plus que 8 députés EELV sur 18 à l'origine, 6 sénateurs sur 10, et près de 5 millions d'euros de dettes. Le parti a d'ailleurs vendu son siège. Parti sans les socialistes aux régionales et départementales, EELV a perdu des cohortes d'élus et va perdre le reste s'il n'y a pas d'accord électoral avec le PS aux législatives et aux sénatoriales de 2017.

 

Toutes ces raisons expliquent la morosité autour des primaires EELV. Il y en a une autre. Contrairement au PS et aux Républicains, les électeurs ne choisiront pas entre plusieurs programmes. Les quatre candidats défendent le même programme : « il s'agit plus de choisir le cheval sur lequel on mise », résume un militant écolo en Loire-Atlantique. Mais s'il s'agit de chevaux de retour plus que de chevaux de course, inutile de s'étonner que la participation devrait être modeste : entre 10 et 15.000 votants selon les estimations. Et le scrutin risque fort de se résumer à une question : pour ou contre Duflot.

 

 

Cécile Duflot : une favorite fragilisée

 

Cécile Duflot est la candidate la plus connue du grand public. Logiquement favorite, elle incarne aussi la rupture avec le PS de Hollande et de Valls. Cependant, elle est fragilisée par sa gestion, qui a conduit au déclin du parti, et par des soupçons récents de fraude aux prestations sociales. Elle joue néanmoins la carte de l'ancrage à gauche et du féminisme, en recrutant la militante féministe Caroline de Haas comme directrice de campagne.

 

Députée de Paris et ministre de 2012 à 2014, elle est la plus connue pour l'ensemble des français. Secrétaire nationale des Verts de 2006 à 2012, elle a continué à diriger via son ancienne protégée Emmanuelle Cosse. Les départs successifs de tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec elle - y compris Emmanuelle Cosse - l'ont laissée seule maîtresse à bord, au prix d'une forte érosion des forces militantes et des moyens financiers. Cette bilan catastrophique pourrait se retourner contre elle.

 

Le Canard Enchaîné (28.9.2016) a lâché une autre bombe, en affirmant qu'elle a bricolé des accords transactionnels post-datés pour permettre aux anciens salariés du groupe parlementaire écologiste, dissous le 20 mai dernier, de toucher des indemnités rondelettes. Une bonne action ? Pas vraiment. « Selon la loi, tout accord transactionnel permet d'échapper aux cotisations sociales sur les indemnités supplémentaires. Excellent pour les salariés et les employeurs... et beaucoup moins pour la sécu », remarque le journal, qui estime que « cette fraude innocente a permis à Duflot de gruger l'URSSAF de plus de 50.000 € sur un total de 118.500 € d'indemnités transactionnelles ». Pis : celles-ci ont été distribuées à la tête du client : jusqu'à 15.000 € pour les proches de Duflot, bien moins pour ceux qui ne partagent pas sa sensibilité politique, affirme l'hebdomadaire d'investigation. Même si Cécile Duflot a démenti « catégoriquement » les informations du Canard Enchaîné, le mal est fait : bien des militants et sympathisants écologistes sont exaspérés par la cuisine politicienne, surtout s'il s'agit de leur parti.

 

 

Michèle Rivasi : la femme des réseaux écolos et anti-nucléaires

 

Anciennement député de la Drôme de 1997 à 2002, puis député européen depuis 2009, Michèle Rivasi est bien moins connue. En revanche, elle peut compter sur de nombreux réseaux extérieurs au parti, en contact avec la base militante écologiste de terrain, et sur un fort soutien dans le sud-est de la France, dominé par la droite dure ou républicaine et qui est plutôt une terre de mission pour l'écologie politique.

 

Cofondatrice et première présidente de la CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), ancienne directrice de Greenpeace France (2003-2004), elle préside aussi le Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques et a fait plusieurs rapports liés à la dangerosité du nucléaire. Elle peut aussi compter sur le réseau des marchés paysans bio et l'association Les Colibris de Pierre Rabhi. Elle défend une écologie centrée sur la défense de l'environnement, en prise directe avec le terrain, et engagée dans une lutte au quotidien contre les grands lobbys, de la santé, de l'agro-business ou du nucléaire.

 

 

Karima Delli : pour une écologie populaire et ancrée à gauche

 

Députée européenne aussi, Karima Delli est originaire de Roubaix où elle est née en 1979. D'origine algérienne, issue d'un milieu ouvrier, elle fait ses armes dans des mouvements très ancrés à gauche, comme le collectif Jeudi Noir. Elle est un des plus jeunes membres du Parlement européen, et une des rares parlementaires européennes à représenter les minorités ethniques. En 2011, elle s'est livrée au site Rue89 http://rue89.nouvelobs.com/2011/01/25/karima-delli-eurodeputee-pour-8-580-par-mois-187281 en détaillant ses indemnités parlementaires.

 

Soutenue par l'aile gauche du parti, elle milite pour un revenu de base - qui serait versé à chacun indépendamment de ses ressources, et n'obligerait plus à travailler pour (sur)vivre -, mais aussi pour la transparence en politique et contre les inégalités sociales. Redonner la parole au peuple et ancrer l'écologie au sein de la gauche militante sont ses priorités.

 

 

Yannick Jadot : rassembler la famille écologiste désunie

 

A l'autre extrémité du parti, Yannick Jadot. Ancien directeur des campagnes de Greenpeace France de 2002 à 2008, puis député européen depuis 2009, il a appelé, sans résultat, à une primaire commune de la gauche pour la présidentielle 2017 afin de combattre la ligne politique incarnée par François Hollande et Manuel Valls. Selon Mediapart (27.9.16), « il est le seul à bénéficier du soutien de l'aile "droite" du parti, la motion Europa portée par le sénateur Ronan Dantec », élu en 2011 en Loire-Atlantique avec le soutien du PS, bien qu'il soit favorable à la réunification de la Bretagne historique - à laquelle le PS s'oppose - et opposé à l'aéroport de Notre-Dame des Landes - que le PS soutient.

 

Yannick Jadot, se place en rupture avec une écologie ancrée à gauche. Il veut au contraire jeter des ponts avec les écolos qui ont quitté EELV - mais qui ne se priveront probablement pas de voter aux primaires - et rassembler une famille écolo très éclatée et quelque peu incapable de faire face aux prochaines échéances électorales, faute de de moyens, de courage politique et d'influence. Ce dernier défi se posera au vainqueur de la primaire, quel qu'il soit, et même s'il ne se présente pas à la présidentielle de 2017 : même si le BTP n'est pas le fort des écolos, c'est au pied du mur que l'on verra le maçon.

 

Louis-Benoît Greffe

 

 

 

 

 

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