Le Monde vu par nos auteurs

La France accuse un retard de 100 ans par rapport à la Russie

Bernard Cazeneuve a porté les accusations contre Poutine et Assad pour crimes de guerre et meurtres prémédités de la population civile. Mais l'archevêque d'Alep, lui, estime que la France n'aurait jamais dû soutenir la rébellion islamiste en Syrie. Un député français a tellement pris l'habitude d'épiloguer devant les caméras sans comprendre le sens de ses propres péroraisons qu'il avait même proposé de lancer l'armée de terre française à Alep-Est pour en évacuer les rescapés en arrêtant les hostilités entre les djihadistes et les Syriens. Vous imaginez bien l'armée française qui se mettrait en porte-à-faux entre le marteau et l'enclume au nom des sacro-saints droits de l'homme pour faire évacuer quelques terroristes avec leurs armes. Je le dis parce que même un député serait à même de savoir que les couloirs humanitaires étaient maintenues ouverts à Alep pendant tout le temps des combats. Mais comme les terroristes utilisaient les habitants en bouclier humain, cette mesure n'a aidé que partiellement. Des centaines de fuyards civils d'Alep accueillis dans les centres d'hébergement installés en deuxième ligne de la zone de combat en témoignent.

 

Je ne voulais pas rabâcher les mêmes actualités reprises tout au long de la journée par tous les professionnels de la Toile sans parler de mes confrères plumeux. Ce n'est pas la Syrie dans sa tourmente qui retient mon attention, mais plutôt la France et sa politique étrangère qui ne ferait que refléter l'état d'esprit des gens peuplant l'Hexagone.

 

Si les Américains, eux, savent très bien ce qu'ils font et pourquoi, les Français, pour leur part, semblent pédaler dans du yahourt. Il est désormais inutile de s'accrocher au politiquement correct, au multi-culturalisme que même la chancelière teutonique a renié et au LGBT qui n'a fait que contribuer à la formation d'une vision vicieuse et déplacée des réalités sociétales (le but de toute société étant de se reproduire et élever la nouvelle génération sans déformer le message culturel, social et génétique propre à chaque pays). Mes confrères qui sont nombreux crient au désastre et pronostiquent la fin du monde avec l'arrêt du Gulf Stream chauffant l'Europe et l'arrivée du froid sibérien pour que les Français puissent expier leurs fautes de rejet de leur culture et de leur identité.

 

Pour ne pas être un oiseau de malheur, je dirais juste que, ce qui m'intéresse vraiment, ce n'est les scénarios lugubres mais la voie du salut pour que le pays puisse être tiré de ce pétrin. Là aussi les variantes sont très nombreuses et ne manque pas de pittoresque. Les uns vous proposent tout jusqu'à la dictature qui « nous nettoiera de la vermine ». Quelles que soient mes convictions et mes affinités personnelles, je ne crois pas qu'une nation soit en mesure de se débarrasser de plus de 4 millions de ses propres citoyens (d'aucuns citent 11 millions, mais je m'en tiens aux statistiques de Jean-Paul Gourévitch qui a passé sa vie à analyser la démographie, l'islamisme et les différentes strates de la population française). De 4 à 11 millions de gens, citoyens ou pas, est un chiffre énorme. Ce qui est encore plus effrayant, c'est la méthode à mettre en application. En outre, les gens dont il est question sont, dans une très grande majorité, membres à part entière de la société française avec le français comme leur langue maternelle et lieu de naissance et scolarisation dans l'Hexagone.

 

La conclusion est simple : il est impossible de soigner la France par la méthode inhumaine et criminelle des purges ethniques. Ce n'est qu'un rêve démentiel ce qui n'enlève rien à la portée du problème initial. Il y a des gens qui, comme Jean-Claude Le Gallou et autres politiques de la droite, estiment qu'il faudrait un chef charismatique pour sauver la France. Un peu comme Vladimir Poutine.

 

Et c'est là où les choses deviennent intéressantes. Il se trouve que Poutine est, certes, un homme d'État très talentueux mais il n'est que la projection exacte de son peuple. Cette thèse est très importante, car, s'il n'y avait pas de Poutine, les Russes s'en seraient procuré un autre. Même les politiques et fonctionnaires de son plus proche entourage auraient fait l'affaire : son ministre de la Défense ou son chef au Commissariat Nucléaire, ou encore le responsable de l'EMERCOM (Ministère des urgences), ou encore le chef de son service de renseignement. Et je ne suis qu'au tout début de la liste.

 

En revanche, à imaginer que Poutine ait été donné à la France (en version gauloise, bien sûr), cela n'aurait tout de même rien apporté au pays. Dans toutes ces actions Poutine s'appuie sur le peuple : imaginez Poutine se rendre à Lourdes ou être présent à la Grand'Messe de Noël. La France le suivrait-elle ? Ou encore si Poutine ordonne de faire la guerre aux terroristes dans les communautés ethniques de Marseille ou de la grande banlieue parisienne... Cela ne provoquerait-il pas une réponse musclée et immédiate des islamistes et même des musulmans pacifiques qui se mettraient à protester contre la dictature ? Imaginez les chars dans les banlieues insoumises et la destruction à la mitrailleuse lourde et au lance-grenades des appartements où les terroristes se seraient terrés... Les voisins de palier ne hurleraient-ils pas à mort à cause de la destruction de leurs biens, etc. ? Et maintenant pensez à Poutine interdisant le GATT et souffrant des sanctions imposées par l'Amérique mais refusant de payer l'amende astronomique qui a frappé le Paribas...

 

Et je ne parle même pas des cercueils qui arriveraient des lieux d'affrontement. Si vous vous en doutez, je n'ai qu'à vous citer le cas d'une compagnie de 90 militaires de la division des parachutistes de Pskov qui, en 2000, lors de la Seconde Guerre de Tchétchénie, ont arrêté dans une gorge de la haute montagne 2.5000 islamistes. Six militaires y ont survécu. Ces jeunes gens n'étaient que des arrière-petit-fils des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale. La France voudrait-elle payer ce tribut à la renaissance de son idée nationale ? La France peut-elle vraiment combattre au nom de sa culture et de sa religion contre d'autres citoyens comme la Russie l'a fait ? Est-elle prête à voir les ILM hauts de 9 étages sauter à Paris comme ça a été le cas en 1999 à Moscou ? S'il s'agissait de l'Amérique (que je n'aime pas du tout franchement) ou d'Israël, je vous répondrais par l'affirmative.

 

Mais, depuis l'époque d'Edouard Daladier, la France a trop appris à composer, à s'esquiver, à chercher et trouver des échappatoires salutaires, à pratiquer la voie diplomatique du Passe-Muraille de Marcel Aymé et à se faufiler dans des interstices peu commodes. C'est bien d'être sournois, mais il paraîtrait qu'à force de louvoyer quelque chose se serait définitivement évaporé.

 

Ce constat est triste et grave ? Mais, si vous aviez eu la patience d'aller jusqu'à ces lignes, je vous dirais que, contrairement aux idées que l'on vous aurait peut-être enseignées à l'école, une civilisation et une nation se forge et se maintient par les armes. Les hommes sont vicieux et mauvais, mais ils n'ont qu'un moyen de faire avancer le progrès et les idées sociétales - un moyen terrible, la guerre. Si vis pacem, para bellum. Qui ne veut nourrir son armée, nourrira l'armée de l'envahisseur. Ayant perdu sa vraie armée tant redoutée à travers l'Europe, la France a perdu son idée nationale. Ayant appris à composer avec le Qatar qui a même entretenu, au cours de deux semaines, la marine nationale lors de l'opération libyenne la République s'étant trouvée à court de moyens, la France a perdu le Nord et l'honneur national. Et ce n'est pas le Front avec Marine qui, en un tour de main, et avec des discours passablement policés, sauraient vous faire renaître l'esprit des poilus et des maquisards. Il faudra payer le tribut des temps troubles (la Russie est passée de nouveau par là dans les années 90), payer le prix fort d'une guerre civile, apprendre de nouveau à aimer et à défendre sa religion (comme le font tous - Russes, Israéliens, Arabes, chacun la sienne), retrouver les idées de la vraie solidarité du sang et du sol (même les Allemands qui, à la différence de la France, ont vraiment combattu au cours de la Seconde Guerre mondiale bien que pour des idées erronées, ont su préserver cette nation jusqu'à l'avènement de Merkel), pour que la nation ressuscite et se dote de ses propres poutines.

 

A mon sens, si les autres peuples ont bien suivi leurs cours et passé par des périodes des grands tumultes et des temps belliqueux, la France, elle, a cherché à se défiler. Elle l'a très bien réussi, mais maintenant, il faudra qu'elle rattrape le temps perdu ce qui, dans le monde cruel qui est le nôtre, s'opère toujours par la même voie, mais pas celle des Casimirs et autres bisounours. Les peuples ne se créent pas dans les parlements et à coups de discours politiques. Il leur faut une idéologie pour ça ! Et l'idéologie - bonne ou mauvaise - se paie toujours au prix du sang quelles que soient les idées : les Vendéens et les Bretons étaient d'un côté de la barrière et les sans-culottes de l'autre, mais ils étaient prêts à se sacrifier pour leur drapeau. La France doit retrouver cet esprit. A l'étape actuelle, la France est immature et se comporte en tant que telle, en Syrie ou ailleurs. Il se peut bien que, pour ce faire, il faudra passer par la voie tracée par Jean Raspail ou Michel Houellebecq. Mais ce n'est qu'à ce moment-là que le pays renaîtra. Alors quand vous regardez la Syrie, ne la toisez pas de haut : les Syriens sont en train de confirmer leur droit à la vie et à l'indépendance. Ils ont plusieurs longueurs d'avance sur la France. ET les Russes les aident. Mais les Russes ne combattent pas à leur place. A mon sens, la France serait placée devant le même choix. La vérité est dure et ma vision peut être subjective, mais je n'ai pas cherché à édulcorer la pilule.

 

Pour ce qui est de l'état sociétal de la France, ça me rappelle beaucoup la Russie la veille de la Révolution de 1917. Là les Russes ressemblaient beaucoup aux Français modernes par leur rejet de toutes les idées politiques de leur temps, une indifférence totale et généralisée accompagnée de grogne, une méfiance par rapport au pouvoir, l'incapacité de ses élites, l'inaptitude à gouverner propre au gouvernement et à l'Empereur (qui fut très impopulaire dans le peuple et même dans les milieux de la noblesse, pas moins que François Hollande), une attente des temps eschatologiques avec des idées fatalistes très bien exprimées à travers la littérature de cette période, une perte du contact avec les strates sociales de base, le rejet marqué et ostentatoire de sa propre terre et culture pourtant ancestrale, des mœurs corrompus et dépravés, un athéisme ambiant, un pacifisme maladif et des diatribes stériles au sein du Parlement (« Parle m'en ! ») avec une croyance infondée en Raison Universelle et la Société des nations pour faire régner la paix à travers le monde à partir de 1919, l'endettement accéléré en boule de neige et la vente de son industrie aux étrangers (on se souvient ne serait-ce que de l'histoire du rail russe qui, en fait, appartenait à la France - dette jamais récupérée d'ailleurs).

 

Les Russes ont mis 70 ans pour recouvrer leur santé sociétale et sont passés par beaucoup d'étapes très douloureuses pour accéder à un état d'esprit général, de 100 ans en avance par rapport à l'Europe occidentale de nos jours. Puisse le chemin à parcourir être plus court pour la France !