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Surréalisme socialiste et manque d'envergure au menu des primaires PS

Les pays d'Europe de l'Est connaissent dans leur histoire culturelle le phénomène du « réalisme socialiste », qui consistait à dépeindre un meilleur des mondes magnifié dans les œuvres d'art destinées aux masses, telles que peintures, grands travaux d'infrastructures ou encore films. Celui-ci a donné, notamment en Russie soviétique, un « surréalisme socialiste » qui en est une fine satire et dont l'Ironie du sort, ou la Nuit de Carnaval sont parmi les meilleurs représentants. Si l'on ressuscitait Eldar Riazanov, et qu'on le transférait en France, il pourrait ressusciter le genre en faisant un film à succès sur les primaires PS, qui nagent elles aussi en plein surréalisme.

 

Scène 1. Hollande se rend compte qu'avec 4% de popularité, la réélection va être impossible et renonce à défendre son bilan magnifique que le monde nous envie. En cinq ans, il aura réussi deux choses : fracturer durablement la société française avec le mariage homosexuel, et abattre un million de canards en pure perte pour tenter de juguler la grippe aviaire. La seule conséquence heureuse est d'avoir fait sortir les catholiques de la réserve prudente, voire de l'abandon désespéré de l'investissement dans la vie publique, où ils se tenaient depuis plusieurs décennies.

 

Quant à son bilan, le blogueur libéral H16 (Hashtable)  l'achève en quelques lignes fulgurant : « Lui, président, ce fut une course systématiquement en retard contre un terrorisme mal compris, mal analysé, mal combattu et utilisé exclusivement sur le plan de sa politique personnelle. Ce fut aussi une perte de libertés pour tous les citoyens. Lui, président, ce fut le patinage artistique sur la Syrie (on y va, on va tout péter, Barack avec moi ! et ... ah zut, plus personne). Lui, président, ce fut l'invraisemblable affaire Léonarda qui permit à beaucoup de comprendre à quel point il était idiot de placer un dessert lacté à un poste à responsabilité. Lui, président, ce furent d'innombrables imbroglios politiciens, des manœuvres, des cris de femmes outrées dans le palais de l'Élysée, des affaires pathétiques (de coiffure, de chaussure, j'en passe et des pires). Lui, président, ce sera une tâche d'encre dans l'Histoire de France ».

 

Scène 2. Les primaires PS devaient - dans la grande tradition démocratique du parti - servir à l'enregistrement de la candidature de Hollande à sa réélection. Lui parti, ce fut rapidement le désordre, avec sept candidatures, sans compter Macron et Mélenchon qui, eux aussi, veulent les voies de gauche, et deux autres candidats qui n'ont pu candidater aux primaires, sur fond de procédés plus ou moins honnêtes de la direction du parti pour en empêcher.

 

Scène 3. On se retrouve donc avec sept candidatures, toutes plus ternes les unes que les autres. Nettement plus connus que bien des candidats, Macron et Mélenchon refusent de participer aux primaires d'un parti en pleine implosion. L'image médiatique est terrifiante, et une chose est sûre, les primaires ne serviront pas à lancer un candidat, mais à l'enfoncer avec le parti.

 

Scène 4. Le flou artistique règne aussi sur la participation : il faut 1,7 millions de votants pour que le PS rentre dans ses frais, et certains sondages tablent jusqu'à 4 millions de votants, comme en 2011 ! Mais le PS, prudent ou carrément pessimiste, c'est selon, diminue le nombre de bureaux de vote.

 

Scène 5. Sur fond du désordre inquiétant et des coups bas entre candidats, même Hollande apparaît  moins mauvais que ses potentiels successeurs. C'est dire.

 

Scène 6. Arrive le premier débat, pour départager des candidats pour la plupart inconnus et motiver des Français qui s'en fichent, dans leur grande majorité. L'inconnu Bennahmias plane complètement.   « Petit candidat », certes, mais ceux de la primaire de droite - NKM, Le Maire, Copé ou Poisson - ou de la primaire EELV - Karima Delli, Michèle Rivasi - avaient bossé leurs dossiers. Dire qu'il a été dix ans durant député européen ! Qui représente-t-il ?

Scène 7. A l'issue du premier débat, les médias ont choisi Montebourg et Valls en n°2. Les internautes l'ont au contraire trouvé décevant, ne veulent plus entendre parler de Valls et ont préféré Hamon. Toute coïncidence avec la campagne médiatique pour Juppé lors des primaires de droite n'est pas du tout fortuite et tout à fait voulue.

 

Scène 8. Les votants aux primaires des partis se sont visiblement donnés le mot « sortez les sortants », et ont successivement dégagé Cécile Duflot chez les Verts, Sarko et Juppé à droite, Hollande ayant renoncé de lui-même. Pour Valls, la valse à trois temps, rythmée par le 49-3 qu'il a utilisé à l'insu de son plein gré, paraît très périlleuse.

 

Scène 9. Pendant le débat, les candidats se sont écharpés sur des préoccupations qui sont centrales pour eux, mais à des années-lumières de celles des Français. Tout en prétendant revenir au terrain et être proches des électeurs.

 

Rapide tour d'horizon.

Le bilan de Hollande ? Pour les Français, la question était pliée en 2012 : catastrophique. Depuis, ils font le dos rond. D'ailleurs Hollande lui-même n'a pas voulu le défendre.

La réforme de la Sécu par Fillon ? Les Français sont majoritairement contre, les professionnels aussi, elle sert de chiffon rouge pour les syndicats, et il l'a abandonnée en catimini. Affaire classée, donc.

Le revenu universel ? Une façon d'accepter le chômage de masse tout en faisant porter une charge colossale - il faut de 80 à 300 milliards d'euros pour le payer - sur ceux qui travaillent et sont déjà surimposés.

Plus d'écologie ? Les Français ont surtout vu les taxes - la fiscalité écologique rapporte presque autant que l'impôt sur le revenu maintenant, 62 milliards contre 69 (L'Opinion, 2/1/2017) - et les taxes, ils n'en peuvent plus.

Sommes-nous « en guerre » contre le terrorisme ? Les Français n'en sont plus à s'interroger, au contraire des éléphants du PS, ils l'ont constaté en novembre 2015.

 

Scène 10. Pas un mot, en revanche, sur le poids cumulé des impôts, du déclin économique, des blocages multiples du pays, de l'immigration imposée, du chômage, du déclassement de la jeunesse, de la dévaluation d'études et de diplômes de plus en plus plein d'idéologies et de plus en plus vides de sens, de l'avenir de l'agriculture, de l'identité nationale, de l'Europe, des corporatismes, des magouilles à tous les niveaux, de la stature de la France dans le monde, de la dégradation de la qualité de vie, de l'effondrement du service public, de l'abandon des campagnes par l'Etat, des réformes administratives imposées (communes nouvelles, régions...) et qui privent les Français de leurs racines historiques et identitaires. De sujets qui, eux, intéressent les Français. Mais pas les candidats PS, claquemurés, crispés, racornis sur leurs certitudes d'un autre temps.

 

Eldar, reviens !