Le Monde vu par nos auteurs

L’Europe est en retard de plusieurs guerres.

Les Européens sont par trop habitués de toiser les autres de haut se piquant d'un patrimoine et d'une culture, certes, ancestrale, mais cependant prédatrice et pas toujours acceptée par le reste du monde. Dans le milieu des affaires, on sent très souvent un agacement contenu de la part des pays émergents et en voie de développement que ce soit les membres de la Conférence de Shanghai ou encore le BRICS quand ils parlent de la superbe des industriels européens. Mais le son de cloche différent a retenti le jour où Bruxelles a voté les sanctions contre la Russie qui produisirent un effet boomerang sur l'économie du Vieux-Continent lui-même. Sans entrer dans le menu détail, on n'est pas sans ignorer quel genre d'impact a vécu l'économie de l'UE grâce à ces spécialistes de malheur, tous diplômés de l'ENA ou autre grande école.

La question se pose à la lumière crue des faits : les Européens seraient-ils un peu à la traîne par rapport à d'autres pays qui réagiraient plus promptement aux fluctuations du marché ? C'est devenu presqu'une évidence à ne pas prouver, voire un axiome. A titre de comparaison, si j'ai à choisir entre une Land Rover et une Kia Mohave, je prendrai la voiture coréenne qui est de la même classe et est plus ou moins en « copié-collé » par rapport à l'original britannique. Tout ça est connu depuis belle lurette. Mais les hautes technologies et les armements faisaient le distinguo. Plus maintenant !

Depuis dix dernières années, la Russie semble reprendre du poil de la bête : non seulement elle élabore un équipement militaire de type révolutionnaire par rapport à la panoplie traditionnelle soviétique, mais en commercialise à tous les vents. Les guerres locales sont autant des terrains d'essai utilisés par l'administration de Vladimir Poutine pour prouver les redoutables capacités de ces nouveautés. Et ça marche !

Bien malheureusement, le progrès technique est intrinsèquement lié à l'art de la guerre. Loin d'échapper à la règle, la haute technologie n'en est qu'un exemple des plus flagrants. Et après la Russie, vient l'Inde avec son secteur informatique et j'en passe. Tous les produits proposés sont vraiment bon marché en osant une comparaison avec les prix exorbitants des produits occidentaux.

Même le monopole de la violence qui a si bien servi l'Occident au cours des siècles avec l'imposition de sa propre politique commerciale d'écoulement des stocks semble ne plus marcher. L'époque de la déliquescence soviétique est bel et bien révolue, mais les grandes écoles commerciales et politologiques feignent de l'ignorer royalement d'où l'inaptitude totale des experts occidentaux fraîchement éclos.

Le dernier clou a été enfoncé le jour où le monde entier a vu l'immigration déferler en Europe qui, non seulement semble avoir perdu toutes ses dents, mais entonne même des cantiques à la gloire des envahisseurs. En bon chef d'orchestre, le président turc Erdogan, lui, ne fait que promettre à Bruxelles des guerres de religion et autres calamités à venir. Pour leur part, les autorités européennes locales se limitent à essayer de calmer les esprits des compatriotes.

Comme je ne me livre pas à un exercice de propagande, mais amorce un effort de réflexion, je vous propose de considérer l'exemple russe. Le jour où Poutine est revenu à la tactique des tsars (déjà Alexandre II disait que la Russie n'a que deux alliés - sa marine et son armée de terre), il s'est mis à renforcer la défense. Et je ne traite pas de la quincaillerie, mais de tous les efforts qui ont été fournis pour redorer le blason militaire et faire élever une nouvelle génération des soldats.

Maintenant, le service militaire et l'école d'officiers sont (re)devenus des véritables ascenseurs sociaux. Un lieutenant a la solde comparable à celui d'un jeune gestionnaire ; les écoles de cadets (élève-officier) resplendissent dans tous les domaines - à commencer par le service diplomatique (eh oui, il y a des lycées militaires qui préparent les lycéens à cette carrière) jusqu'aux futurs parachutistes. A la sortie de ces lycées, vous pouvez très bien ne pas épouser la carrière militaire. Libre à vous ! Mais si vous le faites, vous recevez la formation professionnelle dans le domaine choisi tout en restant militaire et ensuite vous vous retirez du service actif à 40 ans ayant droit à un appartement de type F2 ou F3 dans votre ville de naissance (ou le chef-lieu de votre région si vous êtes né dans la campagne profonde). Et ces appartements, vous les recevez pour de bon ! Ce n'est pas des promesses en l'air. On comprend la politique du Président qui crée un binôme qui lui est désormais acquis corps et âme- l'armée et le peuple.

De cette façon, Poutine a réussi à mobiliser toute la nation en hissant le prestige du service militaire à un niveau jamais atteint. Les mères rêvent souvent d'envoyer leurs progéniture en perdition dans ces lycées militaires où on leur inculque toutes les notions de base de type « Travail, famille, Patrie, religion ». En même temps, leur loisir est aussi organisé. Et je répète, il ne s'agit pas de préparer des soldats, mais des spécialistes militaires.

C'est aussi une explication du calme qui règne dans la société. Le Président de Russie travaille sur la relève - la future génération possède des pôles d'intérêt autrement différents par rapport à ceux de leurs aînés. Un cas de figure exemplaire est le sondage mené dernièrement pour demander aux 20-35 ans quel est le personnage historique le plus populaire à leurs yeux. La majorité a répondu sans sourciller « Staline » et, en deuxième position, « Alexandre Nevski » ce qui a fait scandale, bien évidemment chez la gent libérale. Quoi que vous en pensiez, les deux personnalités furent des chefs de guerre. Un peu comme si l'on avait répondu en France « De Gaulle » et « Jeanne d'Arc » !

De cette façon, on voit bien que l'Union Européenne n'est, malheureusement, pas à la hauteur de ces nouvelles donnes stratégiques. Le monde change et force m'est également de constater que l'armée reste le premier propulseur, une force motrice dans n'importe quelle société. Plus vite la France s'affranchira de l'idéologie ultra-libérale et révisera ses classiques, mieux ça vaudra pour elle.