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« La Police est débordée ! » Préfet Roger Marion

Préfet honoraire, Roger Marion qui a été d'abord chef de la Division Nationale Anti-Terroriste de la Direction centrale de la police judiciaire et ensuite préfet délégué pour la sécurité et la défense auprès du préfet de la zone sud à Marseille, puis à Lille, a été surnommé la terreur des terroristes. Et comme les actes criminels se suivent dans l'Haxagone à la vitesse grand V avec l'état d'urgence qui n'est toujours pas levé, on lui a demandé de donner son opinion sur les derniers événements tragiques en Corse (qu'il connaît parfaitement pour y avoir arrêté les organisateurs du meurtre du préfet Claude Erignac), à Paris et à Dijon.

Pravda.ru. Que pensez-vous de la situation en Corse ? Il se trouve qu'en Corse, une drôle de situation s'est créée. D'une part, il y a eu la rixe de Sisco avec les sanctions tombées contre les villageois, insurgés contre les islamistes. Par contre, les fauteurs de trouble d'origine arabe n'ont reçu, eux, que de très légères peines. Que pensez-vous de cette situation ?

Roger Marion. Cet incident vient, malheureusement, dans la prolongation d'un autre incident qui a déjà eu lieu à Ajaccio, à la suite du caillassage et de l'attaque, en quelque sorte, du véhicule des sapeurs-pompiers qui arrivait dans une cité à forte population maghrébine.

Cette privatisation de la plage qui, dans le contexte français, n'est considéré que comme un incident supplémentaire par rapport à ce que nous avons connu sur la Côte d'Azur. Ceci dit, en Corse, il est bien évident que l'on se trouve sur une île qui a ses traditions, ses coutumes et sa culture, et que les Corses entendent bien que les personnes issues de l'immigration et qui sont en voie d'intégration (ou intégrés parce que résidant en Corse depuis de nombreuses années), respectent les us et les coutumes en Corse.

Pravda.ru. C'est vrai que les Corses ne courent pas sus à tous les immigrés installés dans l'île, mais, en même temps, ils réclament justice. On sent une exacerbation et un changement de ton des journalistes corses et ce même à l'égard des autorités centrales, à Paris. D'une part, les gens demandent plus de libertés régionales et d'autre part, ils parlent au niveau du mouvement indépendentiste corse, que la loi soit appliquée à ceux qui « ne respectent pas la loi républicaine ». Si on est lucide, on peut en déduire que les cas de lynchage pourraient s'en suivre. Vous êtes un officier de Police Nationale. Qu'en pensez-vous ? Peut-on s'attendre à des passages à l'acte ? Ou l'on saurait l'éviter grâce à des mesures prises par Paris ?

Roger Marion. Vous savez, les « combats » entre les nationalistes ou les indépendentistes corses vis-à-vis de l'Etat central ou du pouvoir central durent et perdurent depuis bien longtemps. Donc, il est certain qu'en l'occurence, le détonnateur de cette prise de conscience en Corse (et les Corses sont majoritairement de culture judéo-chrétienne) a été incarné par l'assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray. C'est à partir de ce moment-là que le mouvement autonomiste, mis en garde par les autorités avec demande de patienter et de respecter justement la loi républicaine, ont rétorqué que si les autiorités ne sauraient faire régner ces lois par leurs forces, eh bien, eux aussi, agiraient.

Ainsi donc, il est bien évident que si les incidents et provocations se produisent, il est fort probable qu'il y ait une réaction de la part des certaines personnes corses attachées à leurs valeurs tout en respectant les lois de la République.

Pravda.ru. On quitte la Corse pour conclure que l'insécurité s'installe à travers la France. La police est débordée. Il y a eu une manifestation à Paris et 8 policiers ont été grièvement blessés. Il y a eu dernièrement une liquidation d'un camp sauvage de réfugiés clandestins à Paris - Afghans, Soudanais et autres - qui se sont installés sur le quai de Jémapp pour un effectif de 1.500 migr  ants dans le Nord de Paris. Mais si la police succombe, faudrait-il peut-être prendre des mesures supplémentaires pour pouvoir faire face à des situations difficiles ?

Roger Marion. C'est vrai que la situation en France est très difficile actuellement parce qu'on assiste à la conjonction de plusieurs éléments. D'abord il y a la menace terroriste et les actions terroristes qui ont été perpétrés qui mobilisent énormément d'effectifs d'une part, de la Police Nationale que des militaires au titre de la coopération civilo-militaire.

A côté de ce phénomène, vous avez, bien évidemment, le problème de la délinquance et de la criminalité qui continue et qui n'a pas d'issue, et puis, bien évidemment, vous avez le problème de l'immigration avec le secteur de Calais où il y a énormément de migrants et puis des migrants également dans les grandes agglomérations où nous n'avons pas en France la possibilité matérielle d'accueillir comme cela devrait être fait. Tout cela mobilise les forces de l'ordre qui sont, disons, en état le plus gênant au niveau de la ressource humaine et de la fatigue. Si vous ajoutez à cela les manifestations sur la voie publique avec les casseurs qui viennent pour perturber ces manifestations - vous comprendriez que les forces de l'ordre sont sur plusirurs fronts. D'où les débordements qui ont lieu et cette lassitude que l'on connaît et que nos concitoyens observent.

Pravda.ru. On voulait également votre avis sur Dijon. Il se trouve qu'il y a eu une explosion très violente qui, selon les paroles du maire, a littéralement soufflé plusieurs immeubles. On a parlé d'un accident en écartant la version terroriste. Mais, en jetant une passerelle avec Paris, on se souvient bien de la camionnette  garée presque sur le parvis de Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz à l'intérieur du véhicule. Alors, acte terroriste ou pas, d'après vous ?

Roger Marion. Ecoutez, je n'ai pas d'éléments et je ne peux me prononcer sur cette explosion qui a eu lieu à Dijon. Je n'ai absolument aucun élément pour l'heure, Par contre, en ce qui concerne la voiture avec 6 bonbonnes de gaz de 36 kilos, découverte à proximité de Notre-Dame de Paris, incontestablement c'est une tentative d'attentat. Cette tentative a échoué parce que, bien évidemment, le dispositif ou tout au moins le système de mise à feu que voulaient employer ces jeunes activistes féminines était du gasoil pour parvenir à enflammer une bouteille de gaz. Mais il faut ouvrir au préalable le robinet de la bonbonne. Et si elles l'avait fait pour de bon, les activistes - ou au moins l'une d'entre elles - se seraient faites exploser simultanément, à la mise à feu.  Et puis des bonbonnes de gaz de 13 kilos ne peuvent pas exploser comme ça ! Disons que l'explosion d'une seule n'aboutit pas obligatoirement à communiquer l'explosion aux autres.

Donc, c'est quand même de la maladresse et une méconnaissance pyrotechnique qui fait que cet attentat a échoué sans compter - et il en fut également question d'après ce que j'ai pu apprendre - que celle qui avait en charge la mise à feu, se serait peut-être désistée. Pour l'heure, on ne peut pas faire de comparaison ni d'analyse, ni de rapprochement entre les deux incidents.

Commentaire de la Rédaction. En écoutant ce haut-fonctionnaire de la Police Nationale et en lisant un peu entre les lignes, on a cru comprendre que les Corses sont mécontents par le manque d'initiative des autorités centrales et que la colère gronde dans les chaumières de l'Ile de Beauté. Une étincelle suffit parfois pour mettre le feu aux poudres. Les Corses sont réputés pour avoir un caractère explosif. Le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni ne rate pas une occasion pour mettre au pas le « Continent ». C'est dire que l'enjeu terroriste peut avoir ds répercussions au niveau nationaliste. La France a plus que jamais besoin d'une main de fer pour remettre les choses en ordre.