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François Fillon et Alain Juppé : deux candidats de l'establishment

Suite à la victoire de François Fillon au premier tour des primaires UMP - et l'exclusion de Nicolas Sarkozy, deux nouvelles qui ont déboussolé les médias, ceux-ci, qui s'étaient emballé pour Juppé comme ils l'avaient fait pour Clinton, entreprennent de tisser à l'ancien premier-ministre de Nicolas Sarkozy une image de candidat ultra-conservateur et anti-establishment. Une sorte de Trump à la française, en plus respectable, bourgeois et efficace. Mais ce n'est qu'un miroir aux alouettes. Tout comme Juppé, Fillon entretient des liens forts avec l'establishment.

 

 

Les liens troubles d'une proche de Fillon avec la franc-maçonnerie

 

Tous deux ne sont pas connus pour être frères. Mais ils ont des proches qui en sont. Ainsi le média de réinformation catholique déniche Valérie Boyer, député UMP des Bouches du Rhône, maire du 6e secteur de Marseille depuis 2014, cadre sup' et porte-parole de François Fillon. Celle qui joue volontiers les cautions catholiques et bourgeoises du candidat - elle est issue comme lui du même milieu, celui de la droite des affaires - a organisé en septembre 2014 une soirée de soutien aux Chrétiens d'Orient, à l'occasion de laquelle 30 000 euros ont été récoltés, entièrement reversés aux associations Fraternité en Irak et l'Œuvre d'Orient. Elle a aussi souhaité que son secteur soit jumelé avec la ville de Karakoch, en Irak. Elle a aussi déposé à l'Assemblée nationale, le 3 mars 2015, une proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête relative à la dégradation et profanation des lieux de culte et des cimetières en France.

 

Cependant, la voilà toute fière sur Twitter, pour faire la publicité de la pose de la première pierre du château Saint-Antoine, « à l'invitation de la Grande Loge de France qui réhabilite ce lieu emblématique ».

 

Valérie Boyer, qui se dit catholique haut et fort, ne doit pas être au courant que la franc-maçonnerie est toujours condamnée par l'Eglise, dont plusieurs papes (Clément XII en 1738, Pie VII en 1821, Léon XIII en 1884, Saint-Pie X etc.) ont condamné publiquement les « sectes de perdition » maçonniques (Pie VI, 1775), que Pie IX qualifiait en 1854 d' « enfants du diable [et de] synagogue de Satan ». Léon XIII, dans son encyclique Humanum Genus (20/4/1884) ira plus loin en affirmant que « le christianisme et la franc-maçonnerie sont essentiellement inconciliables, si bien que s'agréger à l'une, c'est divorcer de l'autre ». Cette condamnation est relayée par Pie XII le 24 juillet 1958 : « Les racines de l'apostasie moderne sont: l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, le rationalisme, le laïcisme et leur mère commune: La Maçonnerie ». Elle fait toujours partie de la doctrine de l'Eglise, malgré les contorsions de soi-disant catholiques et vrais francs-maçons.

 

 

Alain Juppé planche devant les francs-maçons les plus anti-catholiques

 

Alain Juppé, lui, est allé encore plus loin. Le 24 octobre 2016 à 19h30 il a planché dans une tenue blanche fermée (réservée aux initiés) devant le Grand Orient de France sur le thème « comment la République peut entretenir et développer la citoyenneté ». Il a notamment proposé la création d'un code de la Laïcité.

 

On se souviendra que le Grand Orient de France n'est pas particulièrement un ami des catholiques. En 1871 ses frères adhèrent massivement à la Commune de Paris. Six ans plus tard, le Grand Orient supprime l'obligation de croire en Dieu. Combattant inlassablement contre le Concordat et la religion, le Grand Orient prépare les persécutions anti-religieuses de 1880 et de 1901-1906, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 et celle sur les associations en 1901. La seconde guerre mondiale, puis la Cinquième République n'atténuent pas l'irréligion du Grand Orient, même si son hostilité se manifestent plutôt maintenant contre l'islam, car, à l'exception des catholiques traditionalistes, l'Eglise a renoncé à influer sur la société, si ce n'est pour relayer les combats de la bien-pensance tels que l'aide aux migrants.

 

Plancher au Grand Orient est donc, de la part d'Alain Juppé, un signal très défavorable envoyé aux catholiques qui ne s'excusent pas en permanence de l'être toujours. Et il a aussi des amitiés parmi d'autres francs-maçons, visiblement, puisqu'il a été vu au troisième dîner de la Grande loge de France le 21 septembre 2013. Dans cette loge plus centriste, il était accompagné par de nombreux politiques et dignitaires du régime dont le sénateur et ancien maire d'Orléans Jean-Pierre Sueur (PS), le vice-président du conseil d'Etat Jean-Marc Sauvé, l'ancien procureur Eric de Montgolfier ou encore le député PS de Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi.

 

 

 

Juppé et Fillon, tous les deux invités du club Bilderberg

 

En 2015, le groupe Bilderberg a invité Alain Juppé. Ce très secret groupe d'environ 130 personnalités américaines et européennes regroupe notamment, si on ne mentionne que les français, Laurence Boone, Henri de Castries, Catherine Pégard, Nicolas Baverez, Christine Lagarde... ainsi que des patrons de banque (Goldman Sachs, Lazard, Rotschild) et de gros industriels. Vecteur traditionnel de l'influence américaine, il se positionne à la fois comme un cercle très fermé et un « gouvernement des gouvernements » constitué par les intérêts économiques majeurs.

 

Fillon serait, selon certains médias, le candidat anti-establishment. Surprise ! Le Nouvel Obs révèle le 6 juin 2013 que François Fillon a invité, en novembre 2011, une trentaine de personnalités du club Bilderberg pour plancher devant eux sur l'état économique de la France et les réformes qu'il compte y appliquer. Le journal de centre-gauche expose l'assistance, non élue par les français et qui pourtant a un droit de regard sur la politique subie par l'ensemble de la population - et qui s'est traduite par le blocage des retraites et des indices de la fonction publique, des désengagements de l'Etat, des abandons du service public : « Sous les lambris de l'hôtel Matignon, il y a là, entre autres, le patron de la banque Goldman Sachs, Peter Sutherland, le big boss de la banque d'affaires Lazard, Ken Jacobs, l'inspirateur des néoconservateurs américains, Richard Perle, le grand manitou de Shell, Jorma Ollila, le futur chef du gouvernement italien, Mario Monti, ou la présidente du Musée d'Art moderne de New York, Marie- Josée Kravis, par ailleurs épouse du propriétaire d'un fonds d'investissement américain. Le grand ordonnateur du dîner n'est autre qu'Henri de La Croix, comte de Castries, PDG du groupe d'assurances Axa et premier Français à présider le Bilderberg. Petit-fils d'un ministre de la IVe République et inspecteur des Finances, ce pilier de l'establishment français est aussi proche de Nicolas Sarkozy que de François Hollande, son camarade de la promotion Voltaire à l'Ena. »

 

Si François Hollande n'a jamais rencontré le club Bilderberg, d'autres hommes politiques se sont montrés moins circonspects vis-à-vis de ce cercle qui cultive une confidentialité absolue : « Tous les participants sont tenus de respecter une confidentialité absolue. Même les think tanks les plus stricts, comme le prestigieux club de géostratégie Chatham House, autorisent que l'on dévoile la substance des discussions, à condition de ne pas citer de personnalités précises. « A Bilderberg, c'est le silence total », souligne, admiratif, Maurice Lévy. » Et ainsi, rappelle le Nouvel Obs, Manuel Valls, Michel Sapin, Jean-François Copé, Bill Clinton, Margaret Thatcher y sont allés. Les deux derniers bien avant qu'ils soient connus du grand public. D'après le média de réinformation catholique Média-Presse.info François Fillon aurait fait partie des invités du club Bilderberg en 2013. Qui fait décidément un bien étrange candidat anti-establishment...