Le Monde vu par nos auteurs

La France des provinces

Lorsque j'ai été dans l'aéronautique, je me suis trouvé inclu dans une délégation française qui s'est rendue à Irkutsk, au fond de la Sibérie, à côté du lac Baïkal, dans une usine de production des redoutables avions de chasse première ligne Soukhoi. On a signé un contrat de coopération et puis, au restaurant, après un repas bien arrosé, les Russes ont chanté des chansons populaires. Ils ont demandé après aux Français d'en chanter aussi. Personne n'a pipé mot. C'est que les industriels, ingénieurs et techniciens n'avaient aucune souvenance d'aucune chanson française. Le « Frère Jacques »  ou « Il était un petit navire » ne comptent pas tout naturellement. De quoi cela témoigne-t-il ?

Il va de soi qu'il s'agit d'une amnésie nationale, d'une perte de mémoire collective qui fut instaurée comme principe sous le Premier Empire par un Général corse devenu Empereur qui ne voulait pas se souvenir de ses origines pour se fondre dans un tout collectif avec son armée. Depuis, la France en essuie les plâtres pour qu'à la fin des temps cela devienne, en fin des comptes, tragique. Si vous ne me croyez pas, vous avez tort ! La division de la France en départements anonymes fut un autre exercice de style pour enrégimenter un pays fraîchement révolutionnaire. La noyade des prêtres traditionnalistes à Nantes, hormis l'atrocité de l'acte, témoigne d'un désir ardent d'effacer jusqu'aux porteurs de la mémoire et traditions nationales.

Les historiens vont me rétorquer que ce fut le lot de tous les Empires où les gens étaient transformés en soldats et devaient fondre dans un creuset plus ou moins uniforme. Eh bien non ! Il n'en est rien !

Si vous prenez l'exemple de Catherine II de Russie dite La Grande (lisez Henri Troyat, historien et ministre), vous aurez vite fait de découvrir que toute Allemande qu'elle fût, elle n'en conserva pas moins un ardent désir de maintenir les nationalités et les religions. C'est ainsi que Catherine statua que comme les Kirghises étaient musulmans, il fallait organiser la distribution gratuite du Coran et l'enseignement de l'arabe littéraire dans leur milieu. Les soldats russes non chrétiens prêtaient serment non pas sur la Bible, mais sur le Coran, pour les musulmans, ou selon les rites locaux pour les adeptes du chamanisme. Les Bouddhistes (ils existent également en Russie) ont élaboré leur propre façon de prêter serment qui fut respecté par les autorités militaires. Sous l'époque soviétique, même Joseph Staline, pourtant Géorgien, fit de son mieux pour la défense et la promotion de la culture grand-russienne avec toutefois le maintien des traditions et langues locales.

Je sais que cette information peut provoquer un tollé chez ceux qui ne raisonnent qu'en noir et blanc. Ceci dit, n'avez-vous pas l'impression qu'une Fédération - petite ou grande, Russie ou Helvétie - semble être beaucoup plus viable qu'un ensemble plane mené à la baguette et au roulement du tambour ?

La France, elle, a suivi une toute autre voie qui, selon ma conviction profonde, ne la rendit ni plus forte ni mieux préparée à des épreuves auxquelles elle succomba finalement. Une grande expérience, chère au coeur des bâtisseurs de l'Europe dont Coudenhove-Kalergi avec son idée de la création « d'une future race à inventer, une race unique, indifférenciée, métissée et brassée d'eurasien-négroïde» (L'Idéalisme pratique, 1925), n'a fait qu'empirer les choses.

Les vieilles provinces historiques ont été oubliées, leurs frontières rasées, les traditions abolies, les langues interdites... S'en suivit un désert culturel dominé par Paris. Une telle approche étatique créa peut-être un peuple nouveau, mais un peuple des déracinés frustrés et point fiers de l'héritage de leurs ancêtres.

Regardez l'Allemagne ! Observez la force avec laquelle ses landers s'accrochent, contre vents et marées, à leurs petits fiefs culturels et leurs rites obsolètes d'un autre siècle. Vous en connaissez quelques-uns, je suppose : à ne citer que le très pittoresque Octoberfest. Mais si vous croyez qu'il s'agit juste d'un miroir aux allouettes pour       attirer les touristes, vous vous trompez à 100% ! Les Allemands sont d'abord Saxons, Bavarois ou autres, et Allemands juste après. Et il en va de même pour les Suisses ou les Belges, toujours sujets de leur Majesté Royale.

Je ne veux pas vous prôner les fastes de la royauté. Je veux juste faire valoir que la renaissance des provinces historiques - Corse, Bretagne, Normandie, Savoie, Occitanie, etc. - pourrait être une solution pour tirer l'Europe du mauvais pas où les expérimentateurs révolutionnaires l'ont fourré.

Si les Bretons avaient un droit de regard sur la distributiion des impôts ou la politique sociale, auraient-ils voté cette lame de fond migratoire qui balaie maintenant leur Côte d'Emeraude ? Si les Savoisiens se faisaient respecter par le pouvoir central, aurait-il été plus facile de maintenir la frontière avec l'Italie pour endiguer le déferlement des islamistes conditionnés dans les camps d'entraînement du Kosovo (à lire et à regarder le colonel Jacques Hogart sur notre site) ?

Les libertés au niveau local pourraient devenir une arme puissante pour remttre de l'ordre en France qui, malheureusement, a de plus en plusl 'air soviétisé avec sa langue de bois, le fameux politiquement correct, avec son irresponsabilité parce que les gens savent qu'ils ne peuvent décider de rien.

La France pourrait renoncer au système napoléonien des départements pour redevenir un pays libre - une terre des provinces historiques, anciens pays. Il est vrai que les dictateurs parisiens et les petits chefs bruxellois en pâ   tiront, car toute décision prise en haut de l'échelle devra être entérinée au niveau local. Il ne s'agit ni de la défense nationale, ni du renseignement, ni des intérêts macro-économiques, bien sûr. Mais par contre, vous pourriez voter votre programme scolaire et les manuels qui servent de base d'enseignement à vos enfants. Vous pourrez accéder à la redistribution d'une partie des impôts. Vous pourrez interdire le port de burkini dans votre province. Vous pourrez, enfin, refuser de recevoir les immigrés comme l'a fait la Hongrie d'ailleurs tout en restant au sein de l'Union Européenne.

Grosso modo, il ne s'agit pas de « casser la France », mais de refaire le contrat social pour que les députés ne viennent pas, de façon anonyme, siéger au Parlement, mais se sentent vraiment originaires de leur pays au sens de la province, d'abord, et Français après.

Une telle approche aidera à soigner le problème des banlieues. Les jeunes de banlieue ne se sentent pas Français parce que vous ne leur donnez pas la chance de le devenir. Comme ils ne sont pas idéologiquement encadrés, ils se tournent automatiquement vers l'islamisme qui frappe à leur porte d'entrée. Si tous ces gens devaient d'abord être intégrés au niveau local et seulement après accéder à la constitution de leur dossier de naturalisation, leur chemin en deviendrait plus ardu, mais votre vie à vous autrement plus facile et plus protégée. Les Baltes, par exemple, ont obligé les Russes à apprendre leurs langues locales qui ne sont parlées que dans leurs pays minuscules et très dépeuplés. Et les Russes issus d'une grande nation de type continental s'y sont pliés (plus de 40% de population lettone) parce que les Baltes étaient dans leur droit absolu.

Encadrez les musulmans et les immigrés ! Ne les ghettoïsez pas ! Faites renaître les provinces et les moeurs locaux : les immigrés ne se sentiront pas confrontés à un vide ! Soyez forts devant le pouvoir central, forts devant la culture venue d'un autre continent ! Vous surmonterez les problèmes nationaux au niveau local grâce à la fédéralisation et aux référendums qu'il faut mener sur toutes les questions vitales ! Si vous suivez l'exemple germanique (allemand et suisse) et russe, vous gagnerez en puissance et serez craints par les islamistes  et respectés. Sinon vous resterez toujour des travailleurs anonymes de type unisexe, sans religion, pays et langue, parlant un sabir et ne sentant pas l'histoire du pays. Vous serez faciles à gérer par les nouveaux aristocrates de la haute finance mondiale qui provoque des heurts interethniques et mène les peuples à l'abattoir d'un conflit sans fin. A vous de choisir parce que les seigneurs fuiront la France dès que le tocsin sonnera pour vous laisser le privilège de voir vos enfants s'étriper.

Alexandre Artamonov, Pravda.ru