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Népotisme, favoritisme, détournement d'argent public : le passé d'élu local qui plombe Jean-Luc Mélenchon

Il n'y a pas que le patrimoine de Jean-Luc Mélenchon qui pose question. Certes, un patrimoine de plus d'1,1 millions d'euros, ça pose question pour celui qui se dit candidat de la France insoumise et du petit peuple. Difficile de représenter la voix des ouvriers, des jeunes précaires et des chômeurs lorsqu'on a soi-même un 100 mètres carrés dans le Xe arrondissement de Paris (très bobo), une maison secondaire dans le Loiret et 100.000 € d'épargne sur ses livrets. Mais plus difficile encore de faire des leçons de morale, lorsqu'on a été un élu local très sensible à l'argent et aux petits privilèges des politiques.

 

En effet, il est attaqué par Christian Schoettl dans Capital, et celui-ci a des preuves. Ce centriste, maire de Janvry, ancien conseiller général, est un peu le redresseur de torts politiques du coin : il a fait condamner à dix-huit mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende Xavier Dugoin, l'ancien président RPR du conseil général, qui avait subtilisé 1.200 bouteilles de vin au département. Xavier Dugoin, qui a aussi été mis en cause pour emploi fictif et fraude aux marchés publics, a même passé trois mois en prison... ce qui ne l'a pas empêché de se relancer en politique et revenir à de hautes responsabilités dans le département.

 

 

Jean-Luc Mélenchon accusé d'avoir favorisé l'embauche de sa fille à deux reprises

 

Dans une longue interview à Capital, Christian Schoettl affirme que Jean-Luc Mélenchon « est une espèce de matamore qui dénonce les dérives de ses adversaires en oubliant qu'il a fait à peu près la même chose ».

 

En décembre 2009, la fille de Mélenchon a en effet été embauchée comme agent administratif du département de l'Essonne. « Quand une administration a un poste vacant, elle doit publier une offre d'emploi, recevoir les candidats et recruter le plus compétent », explique l'élu local. « Or, à l'issue de cette procédure de recrutement, qui voit-on arriver à un poste de «chargée de coopération» ? La fille d'un ancien vice-président du Conseil général, par ailleurs toujours sénateur de l'Essonne. La fille de l'ami des présidents socialistes successifs du conseil général - à l'époque, c'est Michel Berson qui est à sa tête ».

 

Une étrange coïncidence qui n'est pas la première, pour Schoettl. L'année d'avant, une autre embauche lui paraît suspecte : « Son premier job, elle le décroche comme agent administratif à la mairie de Viry-Châtillon, toujours dans l'Essonne. On est en 1998 et elle a 24 ans. Son père est déjà vice-président du Conseil général ». Or, « le lieutenant de Jean-Luc Mélenchon s'appelle Gabriel Amard, et c'est le maire de Viry-Châtillon. Mieux : on le surnomme «monsieur gendre», parce qu'il est le compagnon de Maryline ».

 

 

La fille de Mélenchon dément et attaque en diffamation

 

La fille de Mélenchon, Maryline-Camille Mélenchon, dément formellement les accusations de Schoettl sur les réseaux sociaux. En commençant par lui retourner le robinet à merde : « c'est d'autant plus insupportable de la part d'un élu qui s'est fait remplacer par son fils dans son siège de conseiller général après avoir été condamné à un an d'inéligibilité par le Conseil d'État ». Et d'affirmer qu'elle l'a attaqué en référé pour diffamation.

 

La fille de Mélenchon suit cependant les habitudes des médias auxquels elle reproche d'avoir relayé les accusations de Schoettl «sans aucune précaution par rapport au personnage ». Elle oublie de préciser - ce que nous allons faire nous-mêmes, donc, que Schoettl a été déclaré inéligible pour un an, mais n'a rien fait de répréhensible. Comme l'explique le Parisien à l'époque, «son expert-comptable avait tout bonnement oublié de poster ses comptes de campagne dans les délais légaux. Le conseiller général avait tenté de porter lui-même les documents, mais il avait trouvé portes closes ». Les comptes avaient été ensuite validés, puisque les dépenses étaient en-dessous du plafond et ils étaient bien tenus, mais la justice a appliqué la loi dans toute sa rigueur - un traitement souvent réservé aux petits candidats ou aux trublions, comme l'est Schoettl, tandis que des élus autrement plus importants ou plus soumis bénéficient souvent de la largesse des juges - et a annulé l'élection. Bref, pour un retard de trois heures, Schoettl a vu 15.000 € qui ne lui ont pas été remboursés, a pris un an d'inéligibilité et a perdu son poste.

 

Elle affirme aussi : «Je suis fonctionnaire territoriale. J'ai passé le concours d'adjoint administratif (catégorie C) dans les mêmes conditions que les autres candidats [...] J'ai été recrutée au Conseil général par voie de mutation selon les règles normales de la fonction publique territoriale », et de démentir tout lien avec son père : « au moment de ma mutation, Jean-Luc n'est plus élu au Conseil général depuis plus de 5 ans et qu'il a déjà quitté le PS qui gère cette collectivité ». Elle explique en sus qu'elle est passée en catégorie B en 2010 après avoir réussi le concours de rédacteur, et qu'en 2013, par voie de mutation, elle intègre les effectifs du conseil général du Jura suite à la volonté de déménager avec son compagnon.

 

« Je sais d'expérience que quels que soient mes efforts à ne devoir rien à personne je ne peux pas lutter contre la force des préjugés. Je ne suis ni présidente de l'EPHAD, ni sur un emploi fictif à forte rémunération. Je suis rédacteur de la FTP, je gagne 1600€ net par mois, je bénéficie d'un 13e mois, j'ai 23 jours de RTT, 27 jours de congés et une conscience professionnelle développée », conclut-elle.

 

 

Mélenchon a-t-il fait travaillé ses copains socialistes aux frais des contribuables ?

 

Christian Schoettl ne s'arrête pas là. Il produit une facture signée de Mélenchon, et émise en décembre 1988 par l'agence Eventissimo pour une prestation facturée au Conseil Général. Il s'agit de « la «conception» artistique d'une carte de vœux, mais sans la fabrication ni l'impression. Cette simple «création» a coûté 94.671 francs soit 18.489 euros ». Or, la patronne de cette agence de com ' était « Isabelle Thomas, l'égérie du mouvement étudiant de 1986 contre la loi Devaquet, et animatrice l'aile gauche du PS avec Jean-Luc Mélenchon ».

 

En janvier 2011, Christian Schoettl produisait sur son blog cette affaire et une autre pièce, qui permet de constater que la même agence est intervenue « pour l'organisation de l'événement Fête de la République le 26 septembre dernier (facture n°98109140 du 20/09/1998 d'un montant total de 178.005,60 F. TTC) ».

 

En 1998 toujours, Mélenchon est « chargé de l'information et de la communication au Conseil Général », poursuit Schoettl. « Il passe commande d'une campagne de relations presse pour vanter les mérites de la Fête de la République à Euro RSCG, l'agence amie des socialistes, que dirigent Jacques Séguéla et Stéphane Fouks. Eh bien, ces 7 journées d'attachée de presse ont coûté 98.972 francs, soit 19.329 euros au Conseil général ». L'agence est réputée proche de la gauche.

 

Dans Mélenchon le plébeien (2012) de Lilian Allemagna et Stéphane Allies, on trouve un petit complément intéressant : « une note de cadrage datée du 4 janvier 2002, émanant d'un de ses collaborateurs, parmi les responsables du service communication, évoque les déficiences d'une collaboration avec l'agence Euro RSCG. En quatre ans, près de 300.000 euros par an ont été dépensés. Le fonctionnaire non seulement critique un manque de concurrence [contraire aux règles des marchés publics] mais demande aussi à ce que l'institution arrête de ''facturer beaucoup de temps passé sur des propositions médiocres qui souvent n'aboutissent pas'' ».

 

 

Mélenchon n'a pas le permis, mais la République est son amie

 

Par le passé, Schoettl avait attaqué Melenchon, car « en 2004, d'avril à juin, il avait utilisé pendant trois mois un véhicule avec chauffeur du conseil général. Or il n'y avait plus droit puisqu'il n'était plus au Conseil général. Cela pourrrait s'apparenter à un détournement de fonds public dont il a bénéficié, lui, et personne d'autre ».

 

Il produit la réponse que lui a fait le procureur de la République le 8 février 2007 : « j'ai décidé de classer sans suite le dossier, non sans avoir adressé personnellement à Jean-Luc Mélenchon un avertissement solennel », autrement dit un rappel à la loi. L'élu pris en faute ne remboursera rien.

 

Dans le Monde, en 2005, le président du Conseil général d'alors, Michel Berson, défend son ami. Oui, il l'a dépanné, « comme il m'arrive de proposer une voiture à un chef d'entreprise ou à un journaliste qui vient nous voir ». Cela dit, Schoettl avait aussi constaté, en se faisant remettre, avec un peu d'insistance, l'état exhaustif de mise à disposition des voitures du Conseil général, que « les chauffeurs du département avaient eu pour mission, le 28 avril 2004, de passer "déposer des affiches à la fédé" ».

 

 

 

Mélenchon : ministre et conseiller général fantôme ?

 

Schoettl assène : « Mélenchon est un professionnel de la politique, qui a toujours vécu de la générosité des contribuables ». Il donne un exemple : « entre 2000 et 2002, lorsqu'il était devenu ministre délégué à  l'Enseignement professionnel, il n'a quasiment jamais plus mis les pieds au Conseil général. Mais plutôt que de démissionner, il a continué à percevoir une indemnité de 2.300 euros par mois. Au total, c'est 57.500 euros d'argent public » qui ont été perçus, accuse-t-il.

 

 

Mélenchon, Fillon, même combat ?